Mercredi 21 mars 2012 17h00 Amphithéâtre de l'ISEPP

L’étude de cette population est intéressante à plus d’un titre. L’immigration en générale et l’immigration maghrébine en particulier est devenue en France un véritable sujet de préoccupation depuis plus de 20 ans. Cette immigration répondait au début à un besoin de main d’œuvre pour ensuite se transformer en immigration de peuplement. De nombreuses questions se posent à l’heure actuelle autour des questions « d’intégration », notamment concernant les individus issus de cette couche migratoire. Bon nombre de stéréotypes négatifs et de clichés sont charriés au sein de la société française. Tout concoure à ce qu’islam et culture maghrébine revêtent un caractère de dangerosité, vécu par beaucoup comme quelque chose de radicalement opposé et différent de notre « culture occidentale ». Des études portant sur les valeurs partagées par les jeunes franco-maghrébins, quoique parcellaires, ont pu mettre en évidence l’usage d’une double référence culturelle (culture du pays d’origine de la famille et culture française).  Il est donc légitime de s’interroger sur les modalités de gestion de cette biculturalité étant donné le contexte français et l’assignation d’une identité négative. En effet, la fonction principale des stratégies d’acculturation est la restructuration et l’articulation des divers aspects de l’identité, d’une part assignés de l’extérieur et d’autre part souhaités par l’individu. Elles contribuent à l’ajustement social de l’individu et remplissent une double fonction « ontologique » (idéal de soi) et « pragmatique » (négociation de l’influence sociale).

D’autre part, ce travail tend à une compréhension des modalités d’adhésion à l’Islam pour cette population, loin des écueils qui consistent à aborder et à analyser la religion en se référant aux sociétés musulmanes d’origine, c’est-à-dire en adoptant en adoptant une perspective algérienne, marocaine, tunisienne, iranienne, voir afghane. Or, l’islam des jeunes doit être compris à partir de son inscription dans le paysage social et culturel français. Nous avons tenté de montrer que les besoins identitaires des jeunes issus de l’immigration sont multiples et l’islam revêt une multiplicité de formes et de configurations.

Objectifs :

L’étude avait pour but principal de collecter des données sur les jeunes musulmans issus de l’immigration maghrébine en France. Il s’agissait d’une part de faire le point sur l’identité culturelle et les stratégies identitaires endossées par cette population et d’autre part de déterminer les modalités d’affiliation à l’islam. Les relations entre stratégies identitaires et identifications religieuses sont également étudiées. L’influence de la discrimination est envisagée.

Intérêts scientifiques :

Ø  Etablir une typologie des postures identitaires pour cette population.

Ø  Comprendre le rôle de la religion dans une configuration biculturelle.

Ø  Construire des échelles de mesure de l’acculturation adaptée au contexte français.

La population se compose d’individus nés en France ou arrivés avant l’âge de 5 ans et d’origine Algérienne, Marocaine, Tunisienne. Un total de 491 questionnaires a été récolté.

Nous avons utilisé un questionnaire pour mener à bien cette recherche. Il se compose de sept parties distinctes :  

Ø  Identité ethnique : utilisation de l’échelle M.E.I.M (Multigroup Ethnic Identity Measure) de Phinney.

Ø  Questionnaire de mesure d’acculturation élaboré à partir d’entretiens et d’éléments bibliographiques.

Ø  Questionnaire d’identification à l’Islam élaboré à partir de la théorie du changement d’Apter et d’une analyse effectuée sur une trentaine d’entretiens exploratoires préliminaires semi-directifs.

Ø  Estime de soi : utilisation de l’échelle de Rosenberg.

Ø  Satisfaction de vie : utilisation de l’échelle de Diener et al.

Ø  Pratique, comprenant des items sur le degré de croyance.

Ø  Discrimination subjective (discrimination perçue, personnelle et sociale).

Les liens établis entre les différentes parties sont synthétisés dans le schéma suivant :