Mercredi 7 mars 2012 17h00 Amphithéâtre de l'ISEPP

Cette conférence se donne pour objet d’analyse la rupture majeure qu’a connue l’univers des cadres. Cette rupture s’exprime d’un point de vue quantitatif, statistique : le nombre de cadres en France a très fortement augmenté ces quarante dernières années, ce qui oblige à redéfinir les missions de ceux qui en bénéficient. Mais cette rupture se manifeste également dans le rapport des cadres à leur entreprise. Alors qu’ils en étaient les meilleurs représentants, ils sont désormais souvent dans une situation de retrait, voire de défiance. Cette dernière évolution est en partie liée aux mutations économiques contemporaines. À partir d’études récentes, nous montrerons que les rapports identitaires du cadre à l’entreprise sont aujourd’hui complexes et potentiellement ambigus. Il en est ainsi du rapport à la vie privée, des différentes visions que l’individu peut avoir de l’entité « entreprise » et de la perception du contexte économique et idéologique dans lequel baignent le cadre et l’entreprise. De ce tour d’horizon, plusieurs enseignements sont à retirer. Tout d’abord, que la forte identification à l’entreprise de certains cadres n’exclut pas qu’ils puissent par ailleurs manifester un rapport « distancié », très souvent accompagné d’un cynisme et d’une intention de départ élevés. Le rapport ambivalent, même s’il n’est pas négatif pour l’entreprise, peut toutefois caractériser chez le cadre une forme de dissonance entre son identité personnelle et son identité professionnelle. Un inconfort personnel et une instabilité identitaire pourraient en être la conséquence. Les différents rapports entre le cadre et l’entreprise sont parfois empreints de fatalisme, parfois d’enthousiasme, le plus souvent de pragmatisme. Par ailleurs, contrairement à ce que l’on pourrait penser à première vue, les rapports neutres ou faiblement identifiés ne sont pas forcément une mauvaise chose, à la fois pour le cadre et pour son entreprise. D’une part, parce que la performance de rôle semble ne pas varier véritablement en fonction des relations du cadre à l’entreprise, mais aussi parce que cette forme de distance ou d’indifférence permet à l’individu de protéger son identité personnelle d’une forme de « pression à l’identification » exercée parfois par la culture d’entreprise managériale. Cette prise de distance peut donc être facteur d’équilibre personnel. Enfin, le cynisme organisationnel (scepticisme, désillusion et/ou dénigrement) est présent dans les rapports identitaires à l’entreprise. Il traduit à la fois une distance critique vis-à-vis de l’organisation, mais aussi une lucidité sur les pratiques de management des entreprises qui, parfois, peuvent tenir un discours de façade éloigné de la réalité perçue par les cadres dans l’exercice des décisions managériales. La postmodernité, et tout ce qu’elle implique en termes de système de valeurs individualistes et de méfiance généralisée envers l’institution (dont l’entreprise fait partie), a profondément modifié le rapport des cadres à l’entreprise.